Un triple saut en poésie: Louise Labé, Nerval, Artaud, trois astres en fureur poétique, dimanche 16 octobre à 18h

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Aimable clientèle, chers amis,

c’est avec le plus grand plaisir que nous vous convions à notre deuxième rendez-vous avec Isabelle Fournier, cette fois-ci consacré à Louise Labé, Nerval, Artaud. Nous vous attendons nombreux  dimanche 16 octobre à 18h à l’Odeur du Book!

Cette soirée est généreusement soutenue parlogo-hd

Étrange idée à première vue de réunir dans une même traversée, une même transe poétique, Louise Labé, Gérard de Nerval et Antonin Artaud!

dscn0569Le rapprochement entre les deux derniers, entre les « suicidé(s) de la société » se fait plus facilement et une lettre de Rodez à Henri Parisot le 4 Décembre 1945 entérine cette fratrie d’un génie faisant battre et claquer la porte de la folie « Tout le monde dans le monde des lettres déplore cent ans après sa mort la fin sinistre de la vie du poète Gérard de Nerval (…) Mon cas actuel n’est pas sans analogie avec le sien. » Mais c’est d’un projet de lettre formé en réaction à deux articles de Georges Le Breton pour lui signifier qu’il se fourvoyait en tâchant d’élucider Les Chimères que nous donnerons exhaustive lecture au terme de ce voyage.

L’attelage des vingt-quatre sonnets amoureux de la « Belle Cordière » et des « Chimères » est plus complexe à raisonner, on peut certes alléguer la bibliophilie de Nerval mise en scène jusque dans ses fictions, on peut rappeler sa fine connaissance du seizième siècle et un brin de fantaisie et d’audace nous tenteraient de réputer bien avant l’heure Louise Labé et la voix enflammée qu’elle fait naître véritables « filles du feu »! L’opération est différente, il ne s’agit plus de rapporter le regard transcendant de l’un sur l’oeuvre de l’autre, mais de faire entrer en présence dans le temps commun d’un récital deux oeuvres de poésie qui peuvent se regarder comme les fleurs du manque et du désir, les fruits du verbe et du vertige, il s’agit de porter à la scène deux recueils de sonnets livrés dans leur intégralité et de les ausculter dans leur rapport au silence.
C’est à un face à face avec le texte que nous voulons convier! Un silencieux face à face de textes mis face à face dans la succession des temples impalpables, des demeures qu’ils construisent, et le passage de l’un à l’autre, riche de ce qui aura été tracé avant, plein de ce qu’auront édifié l’essence du verbe et du silence à l’oeuvre dans la pièce précédente, sera tendu, rendu lisible non seulement par une modification de costume manifestant le changement d’auteur, mais d’une oeuvre à l’autre, et à l’intérieur de chaque oeuvre par un ensemble, une chorégraphie de mouvements et déplacements très précis et réglés, enveloppements et déploiements de pétales de rose, rouages d’astres et d’horloge, pour acter ces poèmes, en soutenir le mouvement, en servir le silence interstitiel…
Silence sera notre partenaire en création cette fois-ci et nous faisons choix de l’inviter pleinement à donner halo à chaque sonnet, nous choisissons de laisser résonner dans cet intense blanc ce que fera sonner chaque poème, et d’en prendre tel soin, tel souci, que se transmettent dans ce temps intermédiaire, dans cette mesure blanche, inspiration, naissance, nécessité du poème suivant.

Notre désir de performance est là.
Il a pris départ dans l’intuition puis dans la sensation chemin faisant d’une poésie qui existe de la persistance du son. Comme le cinéma naît de la persistance de l’image sur la rétine, de même la poésie tire sa matière sonore de la persistance du son.
Et cette matière sonore, d’être si profondément et si parfaitement ordonnée, d’entrer en frissonnement par des échos intérieurs, en vient à exister matériellement, à s’élever à hauteur du chant: une voix s’élève par le rythme lui-même donné, construit par des effets de rime intérieure, et cette voix parvient à s’élever indépendamment du sens, faisant de la poésie lyrique, une matière vivante, vibrante.
C’est ainsi que le poème s’engendre lui-même.
Et c’est à la fête de cette expérience, c’est à cette aventure intime et panique à la fois de la prononciation de cette haute poésie que nous voulons convier.

Il s’agit par le partage de la scène de faire vivre le poème comme une parole en invention, en gestation, le poème comme une parole qui s’expérimente, un dire qui se révèle. C’est une parole principielle en faculté d’engendrement. Le poème n’est jamais une forme déposée, c’est une flamme ardente.
On n’en finit pas de découvrir un poème mais peut-être faut-il être invité, initié, conduit à écouter, à recevoir cette parole particulière qu’est le poème, cette parole qui a conscience d’elle-même, cette parole étonnée qui noue sa charge de foudre, cette parole qui a pris acte et mesure de sa gravité, qui se sait parole et se remarque telle: cette parole qui est dire, qui porte en elle la nécessité de se dire plus encore que d’être dite.
Nous ferons entendre que le poème se dit à travers nous.
Nous aimerions faire approcher que le dit du poème se manifeste comme excédé par le silence et le chant: le silence dont il procède et que le blanc qui borde le vers rappelle, appelle, et dans le même temps, du même souffle, ce chant émanant, cette vie sonore indépendante que le poème prend.

Ce dire près du mystère, faire vivre la merveille qu’est cette parole poétique, manifester que cette parole qui appelle à se risquer dans le concret par la prononciation, devenant étonnamment présente par cette richesse et cette force sensibles, atteint ce pouvoir de diffracter son contenu sémiotique. Elle fait apparaître l’Invisible.
La poésie diffracte le langage, elle a ce pouvoir de faire spontanément apparaître, en donnant à entendre son feuilletage, les différentes strates du langage, ses résonances, les liens multiples de l’assonance. Elle démultiplie les mots. Ils y convoquent la chose au-delà de l’objet. La référence ne vaut que pour son pouvoir d’irradiation, de rayonnement.

Par la performance s’ expérimentera que cette forme en apparence invariée du sonnet comporte dans l’espace particulier de chaque poème l’exigence d’une prononciation propre. Il s’agit à chaque fois de trouver la portée, la clef musicale de chaque poème. Telle est pour le comédien l’exigence de déchiffrer, d’établir la partition. Alors apparaîtra cette parole inspirée, qui porte en elle l’empreinte matérielle du souffle, qui le suspend, qui le presse, l’accélère, l’abolit, le fait perdre.
Au comment dire amoureux de Louise Labé dans cet inépuisable redire en circulation correspond le comment prononcer de chaque sonnet.

Notre désir enfin est de faire vivre cette parole intense tendue en elle-même et dont la prononciation, le dire ce dire qu’elle est et que le chant accomplit  porte à plein cette intensité, jusqu’à la contradiction, signature du vivant.
La poésie s’éprouvera comme la parole en crise, la réinvention de la parole, une parole réinventée et en conscience d’elle-même. La poésie se confiera comme une parole appelée à résonner infiniment. Une parole surgie, en rapport au silence. Poésie et silence, une parole en tentation, temptation, côtoiement du silence.

Oui, ce dire que n’épuise pas le dit, ce dire plus riche et plus puissant, ce dire terrible que dit sans cesse l’exigence de la parole poétique, ce dire qui anime le dit, commande de redire, exige la venue à l’existence, l’avènement du sens par et dans le concret de la performance, Artaud, le fait tonner, lui qui approche de sa lampe splendide ces « hiéroglyphes », selon son propre mot, et leur offre une flamme respectueuse et révélatrice: « à condition d’être de nouveau et à chaque lecture expectorées, (…) les syllabes des vers (…) si durs à enfanter des Chimères (…) disent (que) les mots fuient de la page et s’élancent. Ils fuient du coeur du poète qui pousse leur force d’intraduisible assaut. Et qui ne les retient plus dans son sonnet que par le pouvoir de l’assonance, sonner dehors dans un costume identique mais sur une base d’inimitié. »
 Notre place est à nouveau par lui magnifiquement désignée, la chaîne aimantée de l’Ion renouvelée, il faut bel et bien un rhapsode à cette oeuvre, qui s’enrichit comme d’un miroitant biseau du regard eidétique d’Artaud. Nous ne pouvons passer sous silence son cri d’amour et d’émerveillement. C’est ce perceur d’arcane, cet archange qui des Chimères fera leçon, au sens latin du terme, celui de lecture. Après avoir fait entrer en présence les sonnets par la voix, nous ferons entendre à leur tour ces lettres inspirées élancées de Rodez, demeurées pur désir et fulgurances intactes jaillies deux ans avant la mort du poète. Elles nous seront comme un art de lecture, c’est à dire un art de cueillir, de recueillir. Les chants d’amour et de révolte des Chimères s’infléchiront en pas de deux, dialogue de géants, portant et faisant vaciller le monde à travers siècles: oui, tout créateur est infiniment responsable de ses héritiers et infiniment inspiré de ce qui lui succèdera…A ce hors-temps, à cet amoureux hors-du-temps qu’est le temps enchanté du poème, la lettre d’Artaud tiré de l’oubli de Rodez viendra donner point d’orgue. Troisième astre en fureur poétique, il ouvrira plus grandes les portes de votre émerveillement par son être de feu…

A vous de prendre le relais!
A votre oreille de s’offrir plutôt que de se tendre!

Isabelle FOURNIER

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